Mon mari a commencé à me regarder différemment. Pas un regard accusateur. Pas un regard suspicieux. Un regard qui cherche. Un regard qui interroge. Un regard qui voudrait comprendre ce qui lui échappe.
Le regard
Je l'ai vu, ce regard, pour la première fois un soir, alors que je faisais la vaisselle. Il était adossé au comptoir, les bras croisés, les yeux posés sur moi.
“Tu es ailleurs, Laura.”
Sa voix était calme. Trop calme. Une voix qui ne demande pas, qui constate.
“Tu es là, mais tu n'es pas là.”
J'ai laissé couler l'eau sur mes mains. J'ai senti une goutte froide glisser le long de mon poignet. J'ai souri. Le sourire automatique. Le sourire qui dit "tout va bien".
“Je suis fatiguée, c'est tout.”
“Tu es souvent fatiguée, ces derniers temps.”
Il ne m'a pas crue. Je le savais. Je le sentais dans sa voix, dans son regard, dans le silence qui a suivi.
Le mensonge s'est installé entre nous comme un troisième enfant. Il était là, invisible, mais plus présent que tout le reste.
L'absence
Karim part. Pas pour quelques jours. pour une dizaine de jours. Il doit retourner dans son pays d'origine pour des raisons familiales.
Il me dit au revoir. Il me promet de revenir. Il me promet de m'écrire.
Et puis Karim a disparu.
Pas de message. Pas d'appel. Pas de signe de vie. Un jour, il était là. Le lendemain, plus rien.
Les premiers jours, je me suis dit que c'était un jeu. Une épreuve. Il voulait voir ma réaction, me tester, mesurer jusqu'où allait ma dépendance.
Le troisième jour, j'ai commencé à m'inquiéter.
Le cinquième jour, j'ai commencé à trembler.
Le septième jour, j'ai arrêté de dormir.
Mes nuits sont devenues des tunnels. Des heures à fixer le plafond, à me demander où il était, avec qui, pourquoi. Mon corps ne répondait plus. Je me levais le matin, je faisais semblant de vivre, je faisais semblant d'être là.
Mais je n'étais plus là.
Mon mari me regardait. Il voyait l'ombre que j'étais devenue. Il voyait mes yeux cernés, mes joues creusées, mes gestes mous.
“Laura, tu vas bien ?”
“Oui.”
“Tu manges à peine.”
“Je n'ai pas faim.”
Les enfants me regardaient aussi. Avec leurs grands yeux interrogateurs. Ils sentaient que quelque chose n'allait pas. Ils sentaient que leur mère était partie quelque part, dans un endroit où ils ne pouvaient pas la rejoindre.
Sophie m'a appelée. Elle a senti que je n'étais pas bien.
“Laura, qu'est-ce qui se passe ?”
Je n'ai pas pu répondre. Je n'ai pas pu lui dire que j'étais en train de mourir de ne pas pouvoir envoyer un petit cœur rouge chaque matin.
Je ne pouvais pas dire que ma vie dépendait d'un emoji.
Le vide
Je me suis rendu compte, dans ce vide, que je n'étais plus une femme qui vit une double vie. J'étais une femme qui ne vit que pour Karim.
Sans lui, je n'existais plus.
C'était une révélation terrible. Et en même temps, une évidence. Tout ce que j'avais fait, ces derniers mois, ces rendez-vous, ces mensonges, ces nuits, tout cela n'était pas un jeu. C'était ma vie.
Je n'avais pas de porte de sortie. Pas de plan B. Pas de retour possible.
J'étais prisonnière de mon propre désir. Et je ne savais pas si je voulais m'en sortir.
Le samedi
Le samedi matin, jour des courses. Le rituel familial. Mon mari poussait le chariot. Les enfants couraient entre les rayons. Je suivais, le regard vide, les gestes automatiques. Les néons, le bruit des roues qui grinent, l'odeur de pain chaud au bout de l'allée.
Ma main dans mon sac. Ma main sur mon téléphone.
Et soudain, une vibration. Une petite vibration. Une que je connaissais bien. Celle qui fait battre mon cœur plus vite. Celle qui me rappelle à la vie.
J'ai sorti le téléphone. Un message. Court. De lui.
“Je suis rentré. Je pense à toi.”
Un sourire est né sur mes lèvres. Un sourire que je n'ai pas pu contrôler. Mes jambes se sont vidées d'un coup, comme après une longue maladie. Un sourire qui a illuminé mon visage, qui a effacé les cernes, qui a fait briller mes yeux.
Mon mari l'a vu. Il a vu ce sourire. Il a vu la transformation.
“Qu'est-ce qu'il y a ?”
“Rien.”
“Tu souris.”
"Ah, tu vois ce monsieur, avec le chapeau ?" J'ai montré un inconnu au bout du rayon. “Il est drôle quand il marche.”
Mon mari m'a regardée. Il a haussé les sourcils.
“Ce n'est pas dans tes habitudes de te moquer des gens. Tu passes ton temps à me le reprocher.”
“Je ne me moque pas !”
Mais dans ma tête, je n'étais pas là. J'étais déjà avec lui. J'étais en train de répondre. J'étais en train de lui dire “Je suis à toi. Je suis là. Je viens.”
Pas maintenant. Pas devant eux.
"J'ai besoin d'aller aux toilettes", ai-je dit. “Tu peux prendre des yaourts ? Les petits, pour les enfants.”
Mon mari a hoché la tête. Il a poussé le chariot vers le rayon. Les enfants ont suivi.
Je me suis enfoncée dans le rayon suivant. J'ai sorti le téléphone. Mes doigts tremblaient. J'ai tapé.
“Tu m'as manqué. Tu es où ?”
Sa réponse est arrivée quelques secondes plus tard. Un message. Puis un autre. Puis un autre.
Je suis restée là, debout entre les conserves et les pâtes, à lire ses mots, à les relire, à les boire.
Quand je suis revenue vers mon mari, mon sourire s'était effacé. J'avais retrouvé mon visage de femme normale. Mais dans ma poitrine, le cœur battait trop vite.
“Tu as mis du temps.”
“La queue.”
Il n'a rien dit. Il m'a regardée. Il a vu le sourire. Il a vu qu'il était parti. Il a vu que quelque chose s'était passé.
Mais il n'a pas posé de questions.
Le reste de la journée
La journée a été terrible. Le repas. Les devoirs des enfants. Le café chez les voisins. Les conversations banales. Les sourires de politesse.
Moi, j'étais ailleurs.
Je pensais à lui. À son message. À sa voix. À son corps. Je pensais à ce que j'aurais aimé faire, à ce que j'aurais aimé dire, à ce que j'aurais aimé être.
Le soir, je me suis couchée. Mon mari a posé sa main sur ma hanche. Il a murmuré quelque chose. Je n'ai pas entendu. Je n'étais pas là.
Je me suis endormie en pensant à Karim. En imaginant notre retrouvaille. En espérant que ce serait bientôt.
Le dimanche
Le dimanche matin, je me suis réveillée avec une décision.
"Je vais courir", ai-je dit à mon mari. “Je reviens dans une heure.”
Il a hoché la tête. Il lisait son journal. Il n'a pas levé les yeux.
“D'accord.”
J'ai enfilé un legging. Des baskets. Un sweat. J'ai attaché mes cheveux. Je suis sortie.
Je n'ai pas couru tout de suite. J'ai marché. Puis j'ai accéléré. Puis j'ai couru. Vraiment couru.
Mes pas résonnaient sur le trottoir. Ma respiration s'accélérait. Mes jambes brûlaient. Le trottoir était mouillé, l'air sentait l'hiver et la terre. J'ai couru vingt-cinq minutes sans m'arrêter, sans penser à rien d'autre qu'à la porte que j'allais pousser.
Je courais vers lui.
La retrouvaille
J'ai sonné. Il a ouvert.
Il était là. Beau. Souriant. Toujours aussi entreprenant.
Il n'a pas dit un mot. Il m'a prise dans ses bras.
“Trois semaines. Pas un message.”
“Je ne pouvais pas, Maître.”
“Je sais. À genoux, maintenant, et tu me racontes ce que tu as fait de ton corps sans moi.”
Il a posé ses lèvres sur les miennes. Un baiser fougueux, avide, comme s'il m'avait attendue toute sa vie.
Ses mains sur moi. Sur mes hanches. Sur mes fesses. Sur mes seins.
Je me suis retrouvée à genoux. Je ne sais pas comment. Je ne sais pas quand. Je ne sais pas qui a fait le premier geste. La sueur de la course me collait encore à la peau. Lui sentait le café et le linge propre.
Je lui ai pompé la queue avec délectation. Comme une affamée. Comme une femme qui a passé deux semaines sans manger. Mes tétons étaient dressés, presque douloureux. Je sentais chaque frisson parcourir mon corps.
Il m'a relevée. Il m'a poussée contre le plan de travail. Je ne sais pas à quel moment j'ai retiré mes chaussures. Je ne sais pas à quel moment mon legging a glissé sur mes hanches.
Il a écarté ma culotte. Il a posé ses doigts sur moi. Doucement, d'abord. Puis avec insistance. Puis rapidement.
Mon cul est claqué, pétri, ouvert. Mon complice étire la dentelle élastique afin d'accéder à mes orifices. Il me prend par surprise, son membre m'emplit, la pénétration semble être sans fin. Il est large, il est long, il est dur comme j'aime.
Le membre viril réinvestit ma forteresse !
J'ai senti la peau de sa bite, si douce et chaude, me caresser puis se frayer un chemin en moi. J'ai cambré les fesses et marqué le rythme quand il a été entre mes cuisses, me tenant par les épaules tandis qu'il me pénétrait la chatte.
Ma chatte accepte doucement la charge. La pression est devenue une jouissance. J'ai fermé les yeux. J'ai ouvert la bouche. Je n'ai pas crié. Pas encore.
Il m'a jetée sur le lit. Il m'a écarté les jambes. Il a posé sa bouche sur ma chatte. Sa langue. Ses lèvres. Ses dents. Il m'a mordillée, pincée, dévorée.
Mes tétons. Mes seins. Mon ventre. Partout.
J'ai ouvert les yeux. J'ai vu le plafond. J'ai vu la lumière. J'ai vu son corps au-dessus du mien.
Il m'a prise. Fort. En missionnaire. Ses coups de reins étaient puissants, réguliers, implacables.
Mon excitation montait. Chaque mouvement me rapprochait du bord. Chaque mot qu'il murmurait m'enfonçait un peu plus.
“Putain...”
“Oui.”
“Baise-moi fort...”
“Oui.”
J'ai crié. J'ai joui. Il a continué. J'ai crié encore. Il a lâché les vannes à son tour pour jouir au fond de ma chatte. Sa semence a fini partout. Sur mon ventre. Dans ma bouche. Sur mon visage. Sur mon derrière.
À cet instant, je n'étais qu'un jouet sexuel. Un jouet qui voulait lui faire plaisir. Un jouet qui voulait le satisfaire.
L'après
La tête qui tourne. Allongée sur le lit, le corps tremblant, le cerveau qui essaie de démarrer sans succès.
J'ai bien fait une course orgasmique.
Je l'ai regardé. Il s'est servi un café. Il était calme, détendu. Comme si de rien n'était. Comme si c'était la chose la plus naturelle du monde.
J'ai essayé de me lever. Mes jambes ne me portaient pas. Je suis retombée sur le lit.
J'ai regardé autour de moi. Une chaussure à côté de la porte. Une autre sur la table. Ma culotte sur le canapé. Mon legging bleu par terre. Mon t-shirt et mon soutien-gorge... pas dans le paysage.
Où était mon soutif ?
Je me suis levée, nue. J'ai marché vers la cuisine. Il m'a tendu un café. On a discuté. De tout. De rien. Comme deux complices.
J'ai bu mon café. J'ai senti mes jambes trembler. J'ai senti son regard sur moi.
Je me suis rincée. J'ai remis mes vêtements. Mon soutien-gorge était sous le lit. Comment il était arrivé là ? Je ne sais pas. J'ai failli partir sans. J'ai remis mon legging à l'envers sans le voir, un pied dans la mauvaise jambe, et je n'ai pas pris le temps de vérifier.
Le retour
Je suis rentrée chez moi à 13h20. Trois heures pour une heure annoncée. J'ai ralenti au coin de la rue, le souffle court, la sueur froide dans le dos, les cheveux collés.
Mme Ferreira était à sa fenêtre. La maison au-dessus de la nôtre domine la rue, et de sa cuisine elle voit notre portail, notre allée, et l'heure à laquelle chacun rentre. Elle arrosait ses plantes derrière la vitre de la cuisine, même en plein hiver.
“Tu cours longtemps, toi”, elle a dit. “Ça fait trois fois que je te vois partir et revenir.”
J'ai ri. Un rire trop fort, trop rapide. “Je prépare un semi.”
Elle m'a regardée. De haut. Lentement. Des pieds à la tête.
“Tu as mis ton legging à l'envers, ma belle.”
J'ai baissé les yeux. La couture était devant. Le petit ruban réfléchissant aussi. Je suis devenue rouge jusqu'aux oreilles, et ce n'était plus la course.
Elle a souri, elle est rentrée, elle a fermé sa fenêtre. Et moi, je suis restée deux secondes sur le trottoir, à me demander ce qu'elle avait vu d'autre. Si elle avait vu la voiture, les allers-retours, les heures. Elle voit tout, Mme Ferreira. Elle voit tout depuis sa fenêtre, et elle n'a rien d'autre à faire que de regarder.
Je suis montée dans la chambre. Mon mari lisait dans le lit.
“Tu as bien couru ?”
“Oui. Très bien.”
Je me suis allongée à côté de lui. Il a posé son bras autour de moi. Il m'a serrée contre lui. J'ai senti sa chaleur. Son odeur. Sa présence.
J'ai fermé les yeux. Je me suis laissée aller contre son corps. Je me suis endormie en pensant à Karim.
Une bonne sieste dans les bras de mon mari. Comme si c'était avec lui que j'avais fait l'amour. Comme si j'étais une femme normale. Une femme fidèle. Une femme qui n'a pas de secrets.
J'avais besoin de cette présence. De ce corps contre le mien. De cette chaleur qui n'était pas la sienne.
Mais dans ma tête, Karim était là. Il était partout. Il était dans mes rêves, dans mes pensées, dans mes frissons.
Je me suis endormie en souriant.
Et quand je me suis réveillée, je ne savais plus où j'étais. Qui j'étais. Ce que je voulais.
Il n'y avait qu'une certitude. Une seule.
Le petit cœur rouge. Je l'enverrais demain matin.
Commentaires 9
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Depuis le chapitre 11 je guettais le moment où ton mari verrait. Il voit le sourire et pas la vérité, et c'est encore pire.
Ce regard qui cherche, ce « tu es ailleurs »… C'est peut-être le moment où tout commence à se fissurer. Prenez soin de vous, Laura.
La chaussure à la porte, la culotte sur le canapé, le soutif sous le lit. Le désordre raconte mieux que la scène elle-même.
J'ai connu ce moment où le mensonge s'installe entre deux personnes qui s'aiment encore. Vous le racontez sans complaisance.
Le monsieur au chapeau est le mensonge le plus triste du chapitre, parce qu'il est inutile et que tu le sais.
Merci. Ce matin-là, j'ai compris que je ne pourrais plus faire semblant très longtemps.
Au chapitre 11 tu écrivais que tu ne pouvais plus t'arrêter. Ici l'arrêt a failli te tuer, et cela change tout ce que je croyais lire.
À Alice_Troublée : je n'ai jamais retrouvé ce soutien-gorge sans rire et sans honte en même temps. Les objets gardent la trace de ce qu'on préfère oublier.
Je t'ai lue au chapitre 11 sur la marque au cou. Ici la dépendance n'est plus un jeu, c'est une maladie, et ton mari ne voit toujours rien.
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