J'ai mis plusieurs jours à récupérer de mes émotions. Elles avaient été d'une intensité inouïe. Chaque détail de cette matinée était gravé en moi : la lumière trop blanche, l'herbe mouillée sous mes genoux, le frôlement de l'air sur ma peau, le goût de lui dans ma bouche, et cette sensation étrange d'avoir été, pour la première fois, entièrement soumise à quelqu'un.
Je découvrais avec étonnement que j'adorais cela. Seul un soupçon de culpabilité me retenait encore un peu. Je me suis embarquée dans une histoire que j'ai encore du mal à croire réelle, car je ne pensais pas être capable d'aller aussi loin.
Ses mots me faisaient de l'effet. Bien plus que je ne voulais l'admettre.
Tous les soirs, jusque tard dans la nuit, le ventre noué, j'ai guetté le moindre message reçu. Mon téléphone posé sur la table de nuit, écran vers le bas, et moi, les yeux ouverts dans le noir, à attendre cette vibration qui me traversait comme une décharge. Marc dormait à trente centimètres de moi. Il s'endormait toujours avant moi. Ça faisait des mois. Je retenais ma respiration chaque fois que l'écran s'allumait.
« Je suis sûr que tu es déjà pressée de goûter à mon sexe et qu'il te fasse du bien au plus profond de ton corps. »
Ce message m'a excitée toute la journée du lendemain. Il m'a mise dans un état second, parfois difficile à dissimuler. À la lecture de ses phrases, je devenais fiévreuse. Il me laissait chaque fois avec des envies de sexe et de soumission.
Je l'imaginais me plaquant au mur. J'imaginais sa bouche s'ouvrant sur la mienne, un baiser profond, sensuel, troublant. Sa langue tournant en moi. Son corps pressé contre le mien. Je me sentais fondre avec délectation. Sentir la force d'un mâle qui prend sa femelle.
Je finissais par glisser ma main dans ma culotte trempée de désir. Mes doigts passaient délicatement sur mon sexe lisse, doux, imberbe. Je remarquais à quel point mon clitoris était tendu. Je caressais cette intimité gonflée par le désir. J'introduisais un doigt. Et je partais rapidement dans les plaisirs, me laissant aller, la main sur ma bouche pour ne pas faire de bruit.
Vivre ma vie de femme mariée devenait de plus en plus compliqué. Je me transformais en une femme que je n'avais jamais imaginée. Je n'avais jamais été une accro du sexe avant ma rencontre avec Karim. C'était nouveau pour moi. Et pourtant, je n'arrivais pas encore à franchir totalement le pas.
Comme chaque mercredi sur deux, jour de télétravail, je me suis réveillée vers sept heures. J'ai fait ma toilette. J'ai préparé le petit-déjeuner aux petits. J'ai pris un peu soin de moi — une crème, un peu de parfum, alors que je ne sortais pas — avant de m'installer dans le bureau au rez-de-chaussée.
J'ai allumé mon ordinateur. J'ai posé mon téléphone à droite. J'ai commencé par consulter quelques mails, un check-up du planning, puis je me suis mise à travailler. Le lave-linge tournait dans la pièce d'à côté. Dehors, il pleuvait sur les tuiles du garage.
La maison sentait le pain grillé et la lessive. Dans le salon, la télé ronronnait pour personne. J'entendais le cliquetis de la manette de mon fils et la voix de ma fille qui chantait faux sous la douche. Une matinée ordinaire. Une matinée comme j'en avais vécu mille.
10 h 05. Un peu perdue dans la rédaction d'une notice, un premier SMS a résonné comme un son de cloche.
Évidemment, c'était lui.
Quelques SMS de courtoisie plus tard, Karim a commencé à tisser sa toile de frissons dans mes entrailles, comme il savait si bien le faire. Troublée par les souvenirs, je gardais des sensations de plaisir mêlées. J'avais l'impression d'avoir subi un quasi-viol au parc quelques jours plus tôt. Un vertige. Une dépossession. Une douceur brutale.
« À présent, je veux aller plus loin avec toi. »
Pour me faire craquer. Encore une fois.
« Jusqu'ici, il te suffisait de te plier à mes envies. Maintenant, tu dois devancer mes attentes et me montrer la salope gourmande de sexe que tu veux être. » Le doute n'était plus permis, j'étais excitée par l'instant. Ma petite culotte pouvait en témoigner, elle était trempée comme jamais.
Écrire un mail à une collègue et lire les messages de Karim est devenu un grand tour de manège. Un grand huit troublant. Je sentais brûler la petite pointe de révolte qui ne me quittait jamais vraiment. Pour me calmer, j'ai quitté le bureau. Un tour banal dans la maison. Salon. Cuisine. J'ai pris une pêche au frigo. J'ai posé quelques questions à ma fille sur ce qu'elle regardait. À mon fils sur sa console.
Avant de revenir devant l'écran, j'ai fait un tour dans notre chambre conjugale. J'ai fouillé un tiroir. J'en ai sorti une culotte. Car oui, celle que je portais était toute humide. Par réflexe, après avoir retiré ma culotte, je l'ai sentie. Puis je l'ai déposée dans la corbeille à linge, sous une serviette, bien au fond.
Je suis revenue au bureau. Bim. Deux messages.
Je les ai relus trois fois. Puis je suis montée, porte fermée à clé, et je les ai relus encore, le dos contre le mur froid. J'avais les joues rouges. Je me suis remis du rouge à lèvres, comme si ça pouvait effacer quelque chose.
Légèrement troublée, j'ai hésité à les lire. En quelques mots, il avait su faire tomber toutes les défenses de la femme que j'étais.
Karim m'a proposé un jeu. Il voulait que je lui abandonne le contrôle, ne serait-ce que pour quelques heures. Il m'a parlé d'un protocole. D'un rituel.
Je savais que c'était dangereux. Que c'était une pente glissante. Mais l'idée me troublait plus que je ne voulais l'admettre.
J'ai posé mon téléphone sur le bureau. Mes doigts tremblaient encore un peu. J'ai fermé les yeux. J'ai revu la dernière fois. Mes genoux dans l'herbe. Son regard au-dessus de moi. Ce mélange de fierté et de contrôle dans ses yeux.
Je savais que j'allais dire oui. Encore. Mais écrire ça, le mettre en mots, c'était comme lui donner une réalité plus grande que l'instant.
En trois semaines d'échanges et deux rendez-vous, il avait pris l'ascendant. Je lui ai posé quelques questions pour jouer à la curieuse. Comme un prolongement de son pouvoir sur moi. Refuser l'autorité de mon amant aurait été tout gâcher avant même les retrouvailles dont je fantasme. Car oui, j'y pensais. Malgré mes peurs.
« Tu ne poses pas de questions. Tu obéis. Tu comprendras après. »
La pause déjeuner est arrivée. J'ai fait à manger. Ça a calmé légèrement mon esprit. Des pâtes pour les petits. Une petite omelette pour moi. J'ai essayé d'évaporer les pensées noires sous la douche. L'eau chaude. La buée sur le miroir. Mes mains sur mon ventre.
13 h. Mes beaux-parents sont venus chercher les petits pour une sortie. Me voilà seule à la maison. Enfin, ce que je croyais. Car les messages de Karim étaient comme une présence. Une présence qui n'avait pas besoin de frapper à la porte.
13 h 30. Après trois coups de fil et deux mails, je me suis retrouvée encore une fois en sandwich entre l'écriture de mes notices et les messages de mon amant. Si je dis « mon amant » à ce moment de l'histoire, c'est qu'à cet instant, je le voyais ainsi. Je devenais attirée par ses demandes, ses messages, son insistance. Je me sentais désirée.
« Prends une pause. Dis-moi comment tu es habillée. »
J'ai répondu : « Un short en jean bleu, un body blanc, une culotte blanche bien humide… et gênée de dire pas de soutif. »
Il m'a ordonné d'aller dans ma chambre et de fermer la porte. À cet instant, il ignorait que j'étais seule.
Une fois dans ma chambre, il m'a appelée. Sans aucune salutation.
« Baisse ton short. »
Une audace dont il avait le secret. J'ai mordu ma lèvre pour ne pas répondre. C'était tellement humiliant. J'avais déjà été obéissante. Mais là, c'était différent. Chez moi. Dans ma chambre conjugale. Porte fermée. Sous les photos des enfants, posées sur la commode.
J'ai respiré un grand coup. J'ai fermé les yeux. Puis j'ai déboutonné nerveusement mon short. J'ai dû me tortiller un peu pour le descendre, très serré, à mi-cuisses. Il a glissé de suite.
Je voyais ma petite culotte blanche bordée de dentelles. Elle ressemblait à celle que je portais la première fois. Peut-être que c'était la même.
J'avais tellement honte. Mais je m'abstenais de le traduire en paroles. J'écoutais. J'exécutais. J'étais consciente de ce que je devais faire. Je devais devancer les attentes de mon amant.
« Touche-toi. »
Sa voix dans le creux de mon oreille. Basse. Précise. Un ordre à peine voilé.
J'ai glissé ma main sous le tissu. Mes doigts ont rencontré l'humidité que je n'arrivais plus à cacher. J'ai commencé par de petits cercles, là, tout en haut, là où la peau est si fine qu'on croit qu'elle va se déchirer.
« Tu es mouillée ? »
« Oui… »
« Dis-le. »
« Je suis mouillée. »
Un silence. Puis, plus bas encore : « Continue. »
J'ai descendu mes doigts. J'ai écarté les lèvres. J'ai trouvé mon clitoris, tendu, presque douloureux. J'ai appuyé. J'ai tourné. J'ai senti la chaleur monter, mes jambes se mettre à trembler.
« Tu penses à quoi ? »
« À toi. »
« À quoi, exactement ? »
J'ai fermé les yeux. Je l'ai revu. Ses mains. Sa bouche. Cette façon qu'il a de me regarder comme si j'étais une chose à lui.
« À ta bouche. À tes mains. À… »
Ma voix s'est brisée.
« Continue. »
J'ai introduit un doigt. Puis deux. Lentement. Je me suis doigtée sous le rythme de sa voix. J'ai mordu mes lèvres pour ne pas gémir trop fort. J'ai pincé mes tétons à travers le body, les sentant durcir sous mes doigts.
« Tu es ma bonne fille ? »
« Oui… »
« Alors tu peux jouir. »
Un ordre. Pas une permission. Une délivrance.
Je suis venue. En silence. Dans ma chambre conjugale, allongée sur le lit où je dors avec mon mari depuis quinze ans. Le corps secoué de spasmes que je ne contrôlais plus. J'ai enfoncé mon visage dans l'oreiller pour étouffer le dernier.
« Bonne fille. »
J'ai rouvert les yeux. Le plafond. La petite lampe de chevet. Le silence. Et sur la commode, la photo des enfants à la mer.
15 h. De retour devant mon écran, impossible d'écrire, de réfléchir ou de penser à autre chose que lui.
La première fois, j'avais essayé de parler. De briser le silence par des mots, par des rires gênés, par cette manie que j'ai de toujours vouloir remplir les vides.
La deuxième fois, j'avais encore résisté, un peu. Une main sur mon genou à faire vaciller ma résolution, une question dans le regard. Il avait secoué la tête, à peine. Et j'avais cédé.
La troisième fois, je n'ai même pas essayé.
Mercredi, comme un rituel.
Les messages arrivent toujours entre 10 h et 16 h. Je le sais maintenant. C'est devenu un repère dans mon agenda, un mercredi sur deux. Un point d'orgue qui fait basculer le reste du temps. Avant, c'était un rendez-vous comme un autre. Maintenant, c'est un rituel.
Je ne réponds même plus. Je sais où aller. Je sais à quelle heure. Je sais ce qui m'attend. Je mets mon téléphone en silencieux. Je ferme la porte du bureau. Je baisse la tête.
Je sais où aller. Je monte. Je baisse le store à moitié. Je pose le téléphone sur le lit, à côté de mon oreille. Je ne réfléchis plus. J'obéis.
Pendant les premières secondes, je sens encore le poids de ce que je fais. La honte est là, tapie dans ma nuque, dans la raideur de mes épaules. Je sens le goût de sa peau. Le sel. La chaleur. Je sens mon cœur battre trop vite contre mes côtes.
Puis, quelque chose se relâche.
Peut-être que c'est le vide dans ma tête. Le fait de ne plus avoir à penser. À décider. À peser le pour et le contre. À me demander si je suis une bonne mère, une bonne épouse, une femme bien sous tous rapports.
Je suis juste là.
Je ne sais pas combien de temps dure chaque fois. Le temps n'existe plus vraiment. Il y a son souffle qui change. Sa voix qui durcit. Le bruit que je fais sans le vouloir. Il y a ce moment précis où je sens qu'il va jouir, où tout s'accélère, où je n'ai plus le choix de ralentir.
La poignée de la porte a tourné. J'ai coupé le son et plaqué ma main sur ma bouche. Il n'a rien dit, il n'a pas raccroché. Quand la poignée a lâché, il a dit : « Continue. »
Et puis, la fin.
Il m'a dit : « La prochaine fois, tu viendras avec une jupe. Et tu ne mettras pas de culotte. »
Ce détail. Ce petit rien. Il sait que ça me met hors de moi. Il veut que je me sente exposée dès l'instant où je quitte ma maison. Que chaque pas dans la rue soit un rappel de ce que je vais faire pour lui.
Je l'imagine déjà. Cette jupe. Une jupe noire, courte, qui s'arrête à mi-cuisse. Je l'imagine la sortir de mon armoire. L'enfiler. Me regarder dans le miroir. Voir mes jambes nues. Voir ce vide sous le tissu. Voir cette absence qui me rend vulnérable. Le collant que je ne mets pas. Le froid de novembre sur mes cuisses quand je sors de la voiture.
Je l'imagine marcher dans la rue. Chaque pas. Chaque souffle d'air qui glisse sous l'ourlet. Chaque regard d'homme qui s'attarde un peu trop. Chaque frisson qui me traverse quand je pense à ce qui m'attend.
Je l'imagine arriver chez lui. Sonner. Attendre. La porte s'ouvre. Son regard qui me déshabille sans que j'aie besoin d'enlever quoi que ce soit. Sa main qui glisse sous la jupe. Ses doigts qui vérifient. Son sourire. Sa voix.
« Bonne fille. »
Je l'imagine m'agenouiller. En jupe. Devant lui. Et sentir le tissu qui remonte sur mes cuisses, l'air froid sur ma peau nue, et cette sensation d'être totalement, absolument offerte.
Je l'imagine tout. Et rien qu'à l'imaginer, je sens une chaleur monter entre mes jambes. Une chaleur qui ne me quitte plus. Une chaleur qui me rappelle que je suis vivante.
Karim ne s'arrête plus à la fellation. Il veut plus. Il veut que je vienne chez lui en pleine journée. Que je referme derrière moi sans un mot. Que je m'agenouille avant même qu'il m'ait regardée. Il veut que je fasse ça dans sa salle de bain, dans sa cuisine, devant la fenêtre. Il repousse les limites doucement, sans jamais me brusquer, mais toujours un peu plus loin.
Il y a quelque chose de rassurant dans ce rituel. Dans cette répétition. Dans le fait de ne jamais avoir à demander, à négocier, à convaincre. Je sais ce que je dois faire. Il sait ce que je vais faire.
C'est une forme de paix, étrangement.
Une paix qui a le goût de la honte. Mais qui est une paix quand même. Une paix qui ressemble à une reddition.
Et je me surprends à attendre ces nouvelles règles. À les anticiper. À les désirer. J'ai peur de ce que je deviens. Mais je ne peux pas m'arrêter.
Ce soir, quand je serai chez moi, je préparerai le dîner. Je poserai des questions à mes enfants sur leur journée. Je sourirai à mon mari en lui racontant une histoire banale de mon travail. Le lave-linge tournera. La télé hurlera. Quelqu'un demandera où sont les clés de la voiture.
Et personne ne saura que, quelques heures plus tôt, j'étais dans la chambre, en silence, ma culotte toute humide, à murmurer son nom dans le vide.
C'est notre rituel. La chose la plus vraie et la plus secrète que j'ai.
Et j'ai peur, parfois, de ne plus vouloir m'en passer.
Commentaires 8
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Depuis la culotte du chapitre deux, la même revient ici, portée puis retirée. Le fil est très bien tenu.
J'ai lu ce chapitre le souffle coupé. Ce protocole, ce rituel, disent beaucoup de la confiance qu'il a su installer — et de ce besoin de lâcher prise qui dormait en vous depuis longtemps. Prenez soin de vous, Laura.
Le mercredi comme repère d'agenda, c'est ce qui m'a le plus dérangée. Un rituel glissé dans une vie rangée.
Ce qui me frappe, c'est votre honnêteté quand vous écrivez que vous avez peur de ce que vous devenez, mais que vous ne pouvez pas vous arrêter. Merci de ne pas juger cette part de vous.
Merci Aurélie_M et LN_Anonyme. Oui, j'ai peur. Mais écrire ici, à vous qui lisez sans me juger, me donne un peu de courage. J'essaie juste de comprendre.
Vous écrivez avoir eu l'impression d'un quasi-viol au parc. Ce n'est pourtant pas le parc qui laisse cette trace.
La phrase sur la paix qui a le goût de la honte résume le récit entier.
Oui, cette paix me fait encore peur aujourd'hui.
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