J'ai trente-huit ans, bientôt trente-neuf, et je suis soumise. Soumise à un homme plus jeune. Soumise depuis sept mois. Sept mois que je m'agenouille. Sept mois que j'obéis. Sept mois que je dis « oui, Maître ». Sept mois que je suis sa bonne fille.

Sept mois que je mens. Sept mois que je cache. Sept mois que je joue un double jeu. Sept mois que je vis deux vies. Sept mois que je ne sais plus qui je suis.

Personne ne le sait. Pas une amie. Pas une collègue. Pas ma mère. Pas même Sophie. Sept mois de mensonges bien rangés, les uns derrière les autres, comme les boîtes dans le placard du garage.

Mais à la maison, c'est différent.

Avec mon mari, je suis devenue plus dominante. Plus brutale. Pas méchante. Pas violente. Juste… plus affirmée. Plus entreprenante. Plus audacieuse. Je prends les choses en main. Je décide. Je dirige. Je m'impose.

C'est étrange, ce paradoxe. Avec Karim, je suis soumise. Avec mon mari, je suis dominante. Comme si les deux faces de ma personnalité s'équilibraient. Comme si j'avais besoin des deux pour exister. Comme si je ne pouvais pas être une seule chose à la fois.

Avec Karim, je m'agenouille. J'obéis. Je porte des plugs. Je suce. Je me fais prendre. Je jouis sur ordre. Je suis sa chose.

Avec mon mari, je monte. Je chevauche. Je prends. Je dirige. Je décide de la position. Du rythme. De la durée. Je le fais jouir quand je décide. Pas quand il veut.

C'est comme si Karim m'avait appris à prendre le pouvoir. Comme si, en me soumettant, il m'avait donné la force de dominer. Comme si, en m'agenouillant, il m'avait appris à me relever.

Le vendredi

C'était notre rituel. Une table dans un bistrot. Un verre de blanc à la main. Des confidences. Des rires. Des secrets. Le vendredi, à midi, on fuyait le self et la cantine et les collègues qui parlent trop fort, et on s'installait au fond, sous la photo du vieux tacot noir et blanc.

Comme toujours. Elle avait les yeux brillants. Le sourire aux lèvres. L'excitation dans la voix. Son rouge à lèvres laissait une trace sur le verre et elle ne s'en apercevait jamais.

« J'ai rendez-vous ce week-end. »

« Encore ? »

« Oui. Encore. Et cette fois, ça va être intense. »

Elle a pris une gorgée de son verre. Elle a posé son verre. Elle s'est penchée vers moi.

« Je vais me faire prendre dans toutes les positions. Toutes. Je vais me faire baiser comme jamais. Je vais jouir. Je vais crier. Je vais supplier. Je vais adorer. »

Je l'écoutais. Je souriais. Je hochais la tête. Mais dans ma tête, je pensais à Karim. À ce qu'il me ferait demain. À ce qu'il me ferait ce soir, peut-être.

« Et toi ? » m'a-t-elle demandé. « Quoi de neuf ? »

« Rien de spécial. »

« Tu mens. »

« Non. »

« Si. Tu mens. Tu as un truc. Je le sens. »

J'ai souri. J'ai haussé les épaules. J'ai changé de sujet. J'ai parlé de la réunion de parents d'élèves, du nouveau logiciel de notes, de la pluie. N'importe quoi. Du vide bien lisse.

Mais Sophie n'était pas dupe. Sophie n'était jamais dupe.

Le lundi

Sophie n'était pas là. Pas physiquement. Elle était au bureau. À sa place. Devant son écran. Mais elle n'était pas là. Elle portait le même pull que le vendredi. Ses cheveux n'étaient pas lavés.

Elle ne souriait pas. Elle ne parlait pas. Elle ne racontait rien. Elle avait les yeux rouges. Les traits tirés. La mine défaite.

Le mardi, c'était pareil. Le mercredi, encore pire. Le jeudi, je n'en pouvais plus.

Je suis allée la voir. Je me suis assise à côté d'elle. Je l'ai prise par la main. Je l'ai regardée dans les yeux. Autour de nous, la photocopieuse crachait ses pages et personne ne faisait attention à nous.

« Sophie. Qu'est-ce qui se passe ? »

Elle a fondu en larmes.

La confession de Sophie

On s'est retrouvées dans un coin. Loin des regards. Loin des oreilles. La salle de pause, les miettes sur la table, l'odeur du café réchauffé. Elle m'a raconté. Tout. Sans s'arrêter. Sans respirer. Sans rien cacher. Ses mains tremblaient autour de son gobelet en carton.

« J'ai passé deux jours de merde. »

Elle a commencé par le début. Le samedi soir. La tenue. Le maquillage. La coiffure. Elle s'était préparée. Elle était belle. Elle était prête. Elle était excitée.

« J'ai même pris mon pied en début de soirée. Il m'a fait jouir avec sa bouche. Avec ses doigts. C'était bon. C'était vraiment bon. »

Puis ça a basculé.

« Il m'a mise en levrette. Il m'a attaché les poignets dans le dos. J'étais à lui. Complètement à lui. Et puis… et puis il a voulu me la mettre par derrière. »

Elle a marqué une pause. Elle a essuyé ses larmes. Elle a respiré.

« Il a mis ses doigts. J'avais mal. J'ai crié. J'ai supplié. J'ai dit arrête. Mais il n'a rien fait. Il a continué. Et après, il a voulu mettre sa queue. Dans mon cul. Sa queue. Dans mon cul. Et ça ne rentrait pas. Et il ne m'écoutait pas. Il ne m'écoutait pas. »

Elle a pleuré. Longuement. Profondément. Comme une petite fille. Comme une femme brisée. Comme une femme trahie.

Je l'ai serrée contre moi. Et pendant qu'elle pleurait sur mon épaule, une phrase est passée, très vite, que je n'ai pas chassée : elle a connu ça sans moi.

« Et comme une merde n'arrive jamais seule… »

Elle a sorti son téléphone. Elle m'a montré une photo. Un homme. Beau. Souriant. Avec une alliance.

« Il est marié. Son téléphone a sonné plusieurs fois. J'ai vu un cœur s'afficher. J'ai entendu sa voix. Derrière la porte. Il parlait à sa femme. Il lui disait qu'il l'aimait. Qu'il rentrait bientôt. Qu'il avait hâte de la voir. »

Elle a rangé son téléphone. Elle a essuyé ses larmes. Elle m'a regardée.

« Voilà pourquoi je n'ai pas été sympa cette semaine. »

La virginité anale

On a parlé. Longuement. De la douleur. De la trahison. De la sodomie. De la préparation. Du consentement. De tout ce qui avait manqué.

« Tu as déjà essayé ? » m'a-t-elle demandé.

« Quoi ? »

« La sodomie. Tu as déjà essayé ? »

J'ai hésité. Une seconde. Deux secondes. Puis j'ai répondu. Comme pour la réconforter. J'ai senti un besoin viscéral de lui faire comprendre que ça se passe autrement quand on est écoutée, et qu'elle n'était pas seule.

« Oui. »

Elle m'a regardée. Avec des yeux ronds. Avec des yeux choqués. Avec des yeux qui ne comprenaient pas.

« Tu n'es plus vierge du cul ? »

« Non. »

« Et tu ne m'as jamais rien dit ? »

« C'était avec qui ? Ton mari… ? »

Je n'ai pas répondu. J'ai souri. Un sourire qui en disait long. Un sourire qui disait que ce n'était pas mon mari. Un sourire qui disait que c'était un autre. Un sourire qui disait que j'avais des secrets. Moi aussi.

« Petite salope… tu as pris une queue dans les fesses. »

Sophie a compris. Elle n'a pas insisté. Mais elle voulait savoir. Elle voulait comprendre. Elle voulait des détails.

« Comment c'était ? »

« Ne te fais pas d'illusions. Les deux premières tentatives, c'était un échec. J'ai eu mal. J'ai eu peur. J'ai dit non. J'ai dit stop. J'ai dit plus jamais… »

En le disant, je suis retournée six mois en arrière. À Paris. L'appartement vide de la cité… Et les deux fois d'après, le studio : la lumière jaune du plafonnier, le flacon d'huile sur la table de nuit. Sa main à plat sur mes reins, qui ne bougeait pas, qui attendait que je respire. L'odeur de linge propre et de cèdre dans l'oreiller. Ce jour-là, il ne m'avait pas demandé d'être courageuse. Il m'avait demandé de me détendre.

« Et la troisième ? »

« La troisième, c'était différent. »

« Différent comment ? »

« Il savait ce qu'il faisait. Il n'a pas forcé. Il a pris son temps. Il m'a mise en confiance. Il m'a dit de respirer. De me détendre. De lâcher prise. Et quand il est entré… J'ai eu… autre chose…. comme une abdication cérébrale. Tu sais dans ta tête, que ça va rentrer. Et ça rentre. »

« Comment c'était ? »

« Une sensation. Une plénitude. Une intensité. Comme si tout mon corps se réveillait. Comme si chaque terminaison nerveuse était connectée. Comme si je découvrais une partie de moi que je ne connaissais pas. »

Et j'ajoute.

«Tu te sens comme remplie de l'intérieur et ça s'intensifie une fois les premiers mouvements commencés. Ça fait mal tout de même mais je me sentais tellement redevable de lui faire plaisir que j'ai laissé faire…»

Sophie m'écoutait. Les yeux écarquillés. La bouche entrouverte. Elle ne disait rien. Elle buvait mes paroles.

« Et tu as aimé ? »

« On va dire… humm ! Oui. »

« Tu recommencerais ? »

« Peut-être… »

En souriant me dit-elle

« Avec qui ? »

Un silence…

Je n'ai pas répondu. J'ai souri. Un sourire qui en disait long. Un sourire qui disait que oui. Un sourire qui disait que je le voyais encore. Un sourire qui disait que je le verrais toujours.

Sophie a compris. Elle n'a pas insisté. Elle a juste dit :

« Tu as de la chance. »

« Pourquoi ? »

« Parce que tu as trouvé quelqu'un qui sait y faire. Moi, j'ai trouvé un connard. Un connard qui m'a fait mal. Un connard qui m'a trahie. Un connard qui m'a menti. »

Elle a essuyé une larme. Elle a souri. Un sourire triste. Un sourire résigné.

« Mais bon. C'est la vie. On apprend. On avance. On fait avec. »

L'insistance de Sophie

Les jours suivants, Sophie n'a pas lâché. Elle revenait sans cesse sur le sujet. Elle voulait savoir. Elle voulait comprendre. Elle voulait essayer.

« Comment tu as fait ? »

« Quoi ? »

« Pour accepter. Pour aimer ça. Pour ne plus avoir mal. »

« Je ne sais pas. C'est venu par hasard. »

« Et si je voulais essayer ? »

« Tu voudrais essayer ? »

« Oui. Enfin. Je ne sais pas. Peut-être. J'ai envie de comprendre. J'ai envie de savoir ce que ça fait. »

« Ne te force pas. »

« Je ne sais pas si c'est pour moi. Je ne sais pas. Je suis perdue. »

« Tu n'es pas perdue. Tu es curieuse. C'est différent. »

« Et toi ? Tu n'as jamais eu peur ? »

« Si. J'ai eu peur. J'ai eu mal. J'ai cru que je ne pourrais jamais. Mais un jour c'est passé. »

« Et tu as aimé ? »

« Je vais être honnête avec toi. Oui, j'ai aimé. Mais c'était plutôt la situation, l'émotion et l'inattendu…. comme une surprise…. au début c'est comme une brûlure, ensuite vient une pression intense et ça finit par l'envahissement total et profond de tout ton corps. »

« Tu as joui ? »

« Oui. »

« Fort ? »

« Très fort. Plus fort que je n'aurais imaginé. »

Sophie a souri. Un sourire qui en disait long. Un sourire qui disait qu'elle voulait essayer. Un sourire qui disait qu'elle allait essayer. Un sourire qui disait qu'elle avait déjà essayé.

Le doigt dans le cul de Sophie

Le jour suivant, Sophie est arrivée au bureau avec un air différent. Un air de confidence. Un air de secret. Un air de celle qui a quelque chose à dire. Elle s'est assise sur le coin de mon bureau, comme elle fait quand elle a un truc.

« Je l'ai fait. »

« Quoi ? »

« La sodomie. Enfin. Presque. »

« Presque ? »

« Je me suis caressée. Sous la douche. Et j'ai glissé un doigt. Derrière. »

Elle a pris une gorgée de son café. Elle a posé sa tasse. Elle s'est penchée vers moi.

« J'ai commencé par le devant. Normal. Comme d'habitude. Et puis je me suis souvenue de ce que tu m'as dit. De la sensation. De la plénitude. De l'intensité. Et je me suis dit : pourquoi pas ? »

« Et alors ? »

« J'ai glissé un doigt. Doucement. Derrière. J'ai senti mon œillet palpiter. Se fermer. Se contracter. C'était étrange. C'était… nouveau. »

« Tu as eu mal ? »

« Non. Pas vraiment. Juste une pression. Une sensation étrange. Une chaleur. »

« Et ? »

« Et je ne sais pas comment dire. J'ai senti mon doigt entrer. C'était bizarre. Mais c'était bon. C'était très bon. Je ne m'attendais pas à ça. »

« Tu as joui ? »

« Pas comme d'habitude, je dirais, c'est plutôt excitant. »

« Et tu as aimé ? »

« J'ai aimé sentir mon corps réagir. J'ai aimé cette chaleur, cette peur. »

Elle a souri. Un sourire de femme qui vient de découvrir quelque chose. Un sourire de femme qui vient de s'ouvrir. Un sourire de femme qui vient de se libérer.

« Merci. »

« De quoi ? »

« De m'avoir parlé. De m'avoir raconté. De m'avoir donné envie. »

« Je ne t'ai rien donné. Tu as juste écouté. »

« C'est pareil. »

Chez Karim

Le soir même, je suis allée chez Karim. J'avais besoin de lui. J'avais besoin de sentir sa queue. J'avais besoin de me sentir à lui. J'avais besoin de gagner. Contre Sophie. Contre moi-même. Contre tout. Il pleuvait encore. J'ai garé la voiture deux rues plus loin, et j'ai marché avec la capuche baissée.

Je suis arrivée chez lui. Je suis montée. J'ai frappé. Il a ouvert. Il m'a regardée. Il a souri. Ce sourire qui disait qu'il savait. Ce sourire qui disait qu'il attendait. Ce sourire qui disait qu'il allait me prendre.

Je suis entrée. Je n'ai pas parlé. Je me suis agenouillée. Devant lui. Dans l'entrée. Sur le carrelage froid. Il n'a rien dit. Il m'a regardée. Il a attendu.

J'ai déboutonné son jean. Je l'ai baissé. J'ai pris sa queue. Je l'ai prise dans ma bouche. Je l'ai sucée. Lentement. Profondément. Avec application. Avec dévotion.

Il a posé sa main sur ma nuque. Il a appuyé. Juste ce qu'il fallait. J'ai continué. J'ai senti sa queue durcir. J'ai senti son souffle s'accélérer. J'ai senti qu'il était proche.

Il a retiré sa main. Il m'a relevée. Il m'a tournée. Il m'a penchée contre le mur. Il a relevé ma jupe. Il a baissé ma culotte. Il a posé son gland contre ma chatte. Il a appuyé. Il est entré.

Il m'a prise contre le mur. Sans un mot. Sans préliminaires. Juste sa queue dans ma chatte. Lentement d'abord. Puis plus vite. Plus fort. Plus profond.

Je gémissais. Je cambrais. Je m'abandonnais.

Et puis, j'ai fait quelque chose. Quelque chose que je n'avais jamais fait. Quelque chose que je n'avais pas prévu. Quelque chose qui est venu de mon ventre. De mon cul. De ma tête.

Je n'ai rien dit. J'ai poussé mon cul contre lui, deux fois, lentement. C'était ma phrase. Il l'a entendue. J'ai dit, sans mots, sans regard, sans rien : « Prends-moi là. Prends-moi le cul. Prends-moi partout. Je suis à toi. Je suis ta salope. Je suis ta bonne fille. »

Il a compris. Il a retiré sa queue de ma chatte. Il a posé son gland contre mon œillet. Il a appuyé. Lentement. Il m'a laissée m'ouvrir. Centimètre par centimètre. La brûlure. La pression. L'envahissement.

« Demande. »

« Prends-moi le cul, Maître. »

« Encore. »

« Prends-moi le cul. Je suis à toi. »

Et puis il est entré. Profond. D'un seul coup. Je me suis cambrée. J'ai crié. J'ai joui. Instantanément. Un orgasme qui m'a traversée. Des spasmes. Partout. Dans mon cul. Dans ma chatte. Dans mon ventre.

Il a commencé à bouger. Lentement d'abord. Puis plus vite. Plus fort. Plus profond. Ses hanches claquaient contre mes fesses. Sa queue me remplissait. Me possédait. Me libérait.

Je n'étais plus rien. J'étais juste un corps. Un corps qui prenait. Un corps qui donnait. Un corps qui jouissait.

J'ai joui. Encore. Et encore. Et encore.

C'était une victoire. Une victoire contre Sophie. Une victoire contre moi-même. Une victoire contre toutes les femmes qui n'osaient pas. Qui avaient peur. Qui se contentaient de ce qu'on leur donnait. Moi, j'avais pris. Moi, j'avais offert. Moi, j'avais gagné.

Il a joui. Un grognement sourd. Un jet chaud. Sa semence qui m'inondait. Sa queue qui palpitait dans mon cul. Son corps qui se tendait contre le mien.

Puis le silence.

Le retour

Je me suis rhabillée. J'ai remis ma culotte. J'ai remis ma jupe. J'ai remis mes chaussures. Je l'ai embrassé. Sur la joue. Un baiser qui disait : « Je reviendrai. »

Il a souri. Sans lever les yeux de sa console.

« À bientôt, L. »

Je suis sortie. J'ai descendu les escaliers. J'ai retrouvé la rue. Le soleil. La vie normale. J'ai marché jusqu'à ma voiture. Je me suis assise. J'ai tourné la clé. Le moteur a ronronné. J'ai souri. Un sourire de victoire. Un sourire de femme qui venait de gagner. Contre Sophie. Contre moi-même. Contre tout. J'ai baissé le pare-soleil et j'ai vérifié mon cou dans le miroir de courtoisie. Rien. Pas une marque. Pas cette fois.

Le doigt dans le cul de mon mari

Le soir, je suis rentrée chez moi. Mon mari était là. Les enfants. J'ai préparé le dîner. J'ai posé des questions. J'ai souri. J'ai fait semblant. Comme d'habitude.

Mais dans ma tête, je pensais à Karim. À sa queue dans mon cul. À mon orgasme. À ma victoire. À Sophie. À son doigt. À son œillet. À sa découverte.

Je me suis couchée. Mon mari dormait déjà. Ou pas. Je ne savais pas. Je ne faisais pas attention. J'avais encore cette chaleur dans le ventre. Cette chaleur qui ne me quittait plus. Cette chaleur qui me rappelait que j'étais vivante.

Je me suis tournée vers lui. Je l'ai caressé. Il s'est réveillé. Il m'a souri. Il m'a attirée contre lui. Il a commencé à me caresser. Lentement. Doucement. Comme un homme qui aime sa femme. Comme un homme qui ne sait rien.

Je me suis laissée faire. Puis je l'ai chevauché. Je l'ai pris. Je l'ai dominé. Je l'ai fait jouir. Mais avant, j'ai fait quelque chose. Un réflexe. Une impulsion. Une habitude. Une envie.

J'ai glissé ma main derrière. J'ai trouvé son cul. J'ai appuyé. J'ai glissé un doigt.

Il a sursauté. Il s'est figé. Il m'a regardée. Avec des yeux ronds. Avec des yeux choqués. Avec des yeux qui ne comprenaient pas.

« Qu'est-ce que tu fais ? »

Je n'ai pas répondu. J'ai retiré mon doigt. J'ai continué. Comme si de rien n'était. Mais quelque chose avait changé. Quelque chose s'était brisé. Quelque chose s'était installé entre nous. Il a fini sans rien dire. Il s'est tourné vers le mur. Il a remonté le drap sur son épaule. Et moi, je suis restée sur le dos, les yeux au plafond, à écouter le frigo ronronner en bas.

Il n'a pas cherché à me faire de reproches. Il n'a pas posé de questions. Il n'a pas voulu en parler. Mais je sentais que ce geste l'avait déstabilisé. Que ce geste avait remis en question quelque chose. Que ce geste avait ouvert une porte qu'il n'était pas prêt à franchir.

Moi non plus, je n'étais pas prête. Je ne savais pas pourquoi j'avais fait ça. Je ne savais pas d'où c'était venu. Je ne savais pas ce que ça voulait dire. Mais je savais que c'était lié. Lié à Karim. Lié à ce que j'apprenais avec lui. Lié à Sophie. Lié à son doigt. Lié à son œillet. Lié à cette partie de moi qui se réveillait. Lié à cette soumise qui devenait, parfois, dominante.

Les yeux ouverts

Je me suis endormie. Les yeux ouverts dans le noir. Mon mari à côté de moi. Les enfants dans leurs chambres. La maison silencieuse.

J'ai pensé à tout. À Karim. À Sophie. À mon mari. À moi. À ces sept mois. À cette vie. À cette double vie. À cette victoire. À ce doigt.

J'ai pensé à Hélène Boisvert. À son fauteuil vert. À son carnet corné, ouvert sur ses genoux, avec l'heure en marge. À la question qu'elle m'avait posée le premier jour : qu'est-ce qui vous fait vous sentir vivante ? Je connaissais la réponse. La réponse avait un prénom. Je ne l'avais toujours pas dit à voix haute. Hélène dit toujours qu'on avance et qu'on regarde. Moi, j'avance et je me tais.

Et quelque part, dans un coin de ma tête, une petite voix murmurait :

« Sept mois. Sept mois que tu mens. Sept mois que tu caches. Sept mois que tu joues un double jeu. Sept mois que tu vis deux vies. Sept mois que tu ne sais plus qui tu es. »

« Combien de temps encore ? »

Je n'avais pas de réponse.

Mais je savais que je ne voulais pas le savoir.