Cela faisait maintenant plusieurs mois que je voyais cette femme. Cette thérapeute. Hélène Boisvert. Blonde, les yeux bleus, un accent canadien qui allonge les fins de phrases. La cinquantaine calme. Pas d'alliance. La même bague d'argent au majeur, qu'elle faisait tourner entre deux questions.

Un cabinet au deuxième étage, rue Sainte-Anne, sans plaque sur la porte. Une salle d'attente avec deux fauteuils fatigués, un ficus presque mort, un radiateur qui claque. Et cette odeur : papier ancien, café refroidi.

Le jeudi. Dix-huit heures. C'était mon heure. Je me garais deux rues plus loin, comme toujours. Je laissais mon téléphone dans la boîte à gants, retourné, écran contre le tapis. Personne ne devait savoir que j'allais là. Ni au bureau. Ni à la maison. Surtout pas à la maison.

Cette femme qui savait mettre à l'aise. Cette femme qui ne jugeait pas. Cette femme qui écoutait. Vraiment écoutait. Le carnet ouvert sur les genoux, le stylo posé.

Au début, je ne disais rien. Ou presque. Des banalités. Des généralités. Des demi-vérités. Je parlais de mon mari. De mes enfants. De mon travail. De ma fatigue. De mon ennui. Je ne parlais pas de Karim. Je ne parlais pas de mes rendez-vous. Je ne parlais pas de ma double vie. Je ne parlais pas de mes mensonges.

Et puis, petit à petit, j'ai commencé à me livrer. Un mot par-ci. Une phrase par-là. Une allusion. Un soupir. Un silence. Elle ne forçait pas. Elle attendait. Elle laissait venir. Elle accueillait ce que je voulais bien donner. Et moi, je donnais de plus en plus.

Un jour, j'ai parlé d'un homme. Sans le nommer. Sans dire son âge. Sans dire ce qu'il me faisait. Juste un homme. Un homme qui me faisait sentir vivante. Un homme qui me faisait sentir désirable. Un homme qui me faisait sentir que je n'étais pas juste une mère, une épouse, une employée.

Elle avait souri. Elle avait hoché la tête. Elle avait écrit quelque chose dans son carnet. Pas longtemps. Juste quelques mots. Trois lignes, peut-être. J'ai essayé de lire à l'envers. Je n'ai pas réussi. J'ai pensé : elle écrit « un homme ». Elle ne sait pas qu'il a vingt-trois ans et qu'il m'appelle ma petite.

Les séances sont devenues un rituel. Un rendez-vous que j'attendais. Un moment pour moi. Un moment où je pouvais être vraie. Un moment où je pouvais dire ce que je ne disais nulle part ailleurs. Un moment où je pouvais être faible. Être soumise. Être moi.

L'homme dans le carnet de la thérapeute a fini par avoir un nom. Pas son vrai nom. Un prénom. Juste un prénom. Karim. Elle ne m'a pas demandé plus. Elle ne m'a pas jugée. Elle a juste écouté.

Puis il a eu un âge. Vingt-trois ans. Elle n'a pas réagi. Pas de surprise. Pas de désapprobation. Juste un hochement de tête. Juste une question.

« Et vous, quel âge avez-vous ? »

« Trente-huit. Bientôt trente-neuf. »

« Et ça vous pose un problème ? »

« Non. Enfin, si. Parfois. Je me dis que c'est ridicule. Je me dis que je pourrais être sa mère. Je me dis que je devrais avoir honte. »

« Et vous avez honte ? »

« Oui. Et non. J'ai honte de mentir. J'ai honte de tromper. J'ai honte de cacher. Mais je n'ai pas honte de lui. Je n'ai pas honte de ce qu'il me fait. Je n'ai pas honte de ce que je ressens. »

« C'est important, ça. Distinguer la honte des actes et la honte de soi. »

« Je ne sais pas si je fais la différence. »

« Vous la faites. Sinon vous ne seriez pas là. »

Elle avait raison. Encore. Elle avait toujours raison. Ça m'énervait, parfois. Cette façon qu'elle avait de poser une phrase et de vous laisser vous débrouiller avec. Pas de conseil. Pas de morale. Juste le mot juste, au mauvais moment.

« Je peux vous aider mais c'est vous qui avez les cartes en main. »

Puis il a eu une emprise. Une emprise que je ne pouvais plus nier. Une emprise que je ne voulais plus nier. Une emprise qui me faisait faire des choses. Des choses que je n'aurais jamais imaginées. Des choses que je n'aurais jamais osé dire. Des choses que je cachais à tout le monde. Sauf à elle. Sauf à cette femme. Sauf à ma thérapeute.

Les séances sont devenues une recharge vitale. Un besoin. Une drogue. Je venais. Je m'asseyais. Je parlais. Je me vidais. Je repartais. Je me sentais mieux. Puis je revenais. Encore. Et encore. Et encore.

Il m'arrivait de penser à elle en pleine réunion. Je regardais le tableau blanc, les courbes, et je me disais : personne ici ne sait que je porte un plug depuis huit heures.

Un jour, sur le fauteuil vert, on a parlé de Sophie. Ce fauteuil vert, au fond de la pièce, celui des aveux. Je n'y échappais jamais longtemps.

Sophie

« Vous m'avez parlé de Sophie. Votre collègue. Votre amie. »

« Oui. »

« Comment ça se passe avec elle ? »

« Bien. Enfin. Je ne sais pas. Elle est… envahissante. Depuis qu'elle sait pour moi. Depuis que je lui ai dit pour la sodomie. Elle ne parle que de ça. Elle veut savoir. Elle veut comprendre. Elle veut essayer. Elle me pose des questions. Tout le temps. Elle me demande des détails. Elle me demande comment j'ai fait. Comment j'ai accepté. Comment j'ai aimé. »

« Et vous, comment vous vivez ça ? »

« Je ne sais pas. Ça m'énerve. Parfois. Ça me flatte. Parfois. Ça m'excite. Parfois. »

« Ça vous excite ? »

« Oui. De la voir curieuse. De la voir envieuse. De la voir prête à tout. De la voir… fragile. »

« Fragile ? »

« Oui. Fragile. Comme une proie. Comme une femme qui ne demande qu'à être guidée. Qu'à être prise. Qu'à être soumise. »

Un silence.

« Laura, vous avez déjà pensé à elle comme à une… proie ? »

J'ai senti quelque chose monter en moi. Quelque chose de sombre. Quelque chose de trouble. Quelque chose que je n'avais jamais ressenti. Quelque chose que je n'avais jamais avoué.

« Oui. »

« Et ça vous fait quoi ? »

« Ça me fait… peur. Et en même temps. Ça me fait… envie. »

« Envie de quoi ? »

« Envie de la voir. À genoux. Envie de la voir prendre. Envie de la voir souffrir. Envie de la voir jouir. Envie de la voir devenir ce que je suis devenue. »

« Et qu'est-ce que vous êtes devenue ? »

« Une soumise. Une bonne fille. Une salope docile. »

« Et vous voulez qu'elle devienne ça ? »

« Oui. Non. Je ne sais pas. Une partie de moi veut la protéger. Une autre partie veut la briser. »

« La briser ? »

« Oui. La briser. La voir pleurer. La voir supplier. La voir s'abandonner. La voir… victime. Victime de ce que j'ai vécu. Victime de ce que j'aurais pu être. Victime de ce que je ne suis plus. »

Un autre silence. Plus long. Plus lourd. Dehors, une ambulance a passé. Ni elle ni moi n'avons tourné la tête.

« Laura, ce que vous décrivez là. Ce n'est pas anodin. C'est un fantasme. Un fantasme de vengeance. Un fantasme de pouvoir. Un fantasme de contrôle. »

« Oui. Je sais. »

« Et ça vous dérange ? »

« Non. Et oui. Je me sens… vicieuse. Je me sens… perverse. Je me sens… mauvaise. »

« Vous n'êtes pas mauvaise. Vous êtes humaine. Vous avez été victime. Et maintenant, vous voulez être bourreau. C'est une réaction. Une réaction compréhensible. Mais dangereuse. »

« Dangereuse ? »

« Oui. Parce que Sophie n'est pas vous. Sophie n'a pas votre histoire. Sophie n'a pas votre force. Sophie n'a pas votre… maître. »

Le mot m'a traversée. Elle l'avait dit comme on dit un diagnostic. Sans y toucher. Mes cuisses se sont serrées sur le fauteuil vert.

« Je sais. »

« Vous voulez la voir souffrir. Mais vous ne savez pas si elle en est capable. Vous ne savez pas si elle le veut. Vous ne savez pas si elle le peut. »

« Je sais. »

« Alors pourquoi ? »

« Parce que. Parce qu'elle me renvoie à ce que j'étais. À ce que je ne suis plus. À ce que je ne serai jamais plus. Parce qu'elle est libre. Et moi, je suis liée. Parce qu'elle peut dire non. Et moi, je dis oui. Parce qu'elle peut partir. Et moi, je reste. »

« Vous êtes jalouse ? »

« Oui. Je suis jalouse. Jalouse de sa liberté. Jalouse de son innocence. Jalouse de son ignorance. Jalouse de tout ce qu'elle a et que je n'ai plus. »

« Et vous voulez la punir ? »

« Oui. Je veux la punir. Je veux la faire tomber. Je veux la voir à ma place. Je veux qu'elle sache ce que c'est. Ce que c'est d'être soumise. Ce que c'est d'être possédée. Ce que c'est d'être… moi. »

La thérapeute m'a regardée. Longuement. Sans jugement. Sans peur. Sans recul. Ses yeux bleus ne bougeaient pas. Le radiateur a claqué. Elle n'a pas cillé.

« Laura, ce que vous ressentez est légitime. Ce que vous voulez est compréhensible. Mais ce que vous projetez est dangereux. Pour elle. Pour vous. Pour tout le monde. »

« Je sais. »

« Alors, qu'est-ce que vous allez faire ? »

« Je ne sais pas. »

« Vous n'êtes pas obligée de savoir. Pas aujourd'hui. Pas maintenant. Mais réfléchissez-y. Réfléchissez à ce que vous voulez vraiment. À ce que vous êtes prête à faire. À ce que vous êtes prête à perdre. »

La séance s'est terminée. Comme toujours. Par un sourire. Le sien. Le mien. Un sourire qui se mêlait. Un sourire qui disait : « À la semaine prochaine. »

Dans la rue, j'ai rallumé mon téléphone. Deux messages. Mon mari : « Tu rentres pour quelle heure ? » Karim : « Tu passes ? » J'ai répondu « Vers 19h30 » à l'un. « J'arrive » à l'autre.

Chez Karim

En sortant de chez la thérapeute, je suis allée chez Karim. C'était devenu un rituel. Un rituel après la thérapie. Une façon de me reconnecter à ma vraie vie. À ma vraie moi. À ma vraie soumission.

Son immeuble est au bout d'une rue sans trottoir, derrière la gare de triage. Troisième étage, pas d'ascenseur. L'odeur de la cage d'escalier : lessive, renfermé. Et derrière sa porte, l'autre odeur. Le bois de cèdre. Le linge propre.

La clé était sous le paillasson. Je suis entrée sans frapper. Il m'attendait dans le couloir. Il m'a regardée. Il a souri. Ce sourire qui disait qu'il savait. Ce sourire qui disait qu'il attendait. Ce sourire qui disait qu'il allait me prendre.

Il portait un jean et rien d'autre, les cheveux encore mouillés. Il n'a pas dit bonjour. Il a dit : « Tu as parlé de moi. » Il a reculé d'un pas pour me laisser entrer, comme on laisse entrer quelqu'un qu'on attendait. « Oui. » « Bien. »

Je suis entrée. Je me suis déshabillée. Enfin, presque. J'ai gardé mon string. Un string noir. Un string que je portais pour lui. Un string qui ne cachait rien. Un string qui disait tout.

Je me suis accroupie devant lui. À ses pieds. Entre ses jambes. Il était assis sur le canapé. Torse nu. En jean. Il me regardait. Il attendait. Le radiateur soufflait. C'était toujours trop chaud chez lui.

J'ai commencé par caresser sa hampe. Doucement. Du bout des doigts. Puis de la paume. Puis de la langue. J'ai léché. J'ai goûté. J'ai titillé. Ses bourses. Son gland. Son frein. Chaque centimètre de sa peau. Chaque parcelle de son désir.

Mon esprit, pourtant, était ailleurs. Dans une bulle. Une bulle de questions. Une bulle de doutes. Une bulle de fantasmes.

Comment lui dire ça ?

Comment lui dire que je voulais piéger Sophie ?

Comment lui dire que je voulais la voir à genoux ?

Comment lui dire que je voulais la briser ?

J'ai continué. J'ai pris sa queue dans ma bouche. Je l'ai sucée. Lentement. Profondément. Avec application. Avec dévotion. Je sentais sa main sur ma nuque. Je sentais sa respiration s'accélérer. Je sentais qu'il était proche.

Il m'a dit « ma petite » et mes yeux se sont fermés tout seuls.

Et puis, c'est venu. Comme une évidence. Le goût de sa semence. Le goût de son plaisir. Le goût de mon obéissance. J'ai attendu. Pour lui. Pour moi. Pour nous.

Il a joui. Un grognement sourd. Un jet chaud. Sa semence qui coulait dans ma gorge. Que j'avalais. Que je savourais. Que je gardais en moi.

Je me suis redressée. Je me suis assise à côté de lui. J'avais les genoux marqués par le carrelage. Il m'a regardée. Il a souri.

« Tu as quelque chose à me dire. »

Ce n'était pas une question.

« Oui. »

« Je t'écoute. »

J'ai pris une inspiration. J'ai regardé mes mains. J'ai regardé le mur. J'ai regardé tout sauf lui.

« Je t'ai déjà parlé de Sophie. »

« Ta collègue de bureau. Oui. Plusieurs fois. »

« Je lui ai raconté. Pour la sodomie. Pour mes aventures. Enfin, pour toi. Sans dire ton nom. Sans dire ton âge. Juste… pour un homme. »

« Et ? »

« Et elle est curieuse. Très curieuse. Elle veut savoir. Elle veut comprendre. Elle veut essayer. »

« Essayer quoi ? »

« La sodomie. La soumission. Tout. »

« Et toi, qu'est-ce que tu veux ? »

J'ai hésité. Une seconde. Deux secondes. Puis j'ai répondu.

« Je veux la voir à genoux. Je veux la voir prendre. Je veux la voir souffrir. Je veux la voir jouir. Je veux la voir devenir ce que je suis devenue. »

Il m'a regardée. Longuement. Sans jugement. Sans surprise. Sans recul.

« Tu veux la piéger. »

« Oui. »

« Tu veux te venger. »

« Oui. »

« De quoi ? »

« De sa liberté. De son innocence. De son ignorance. De tout ce qu'elle a et que je n'ai plus. »

Il a souri. Un sourire lent. Un sourire de prédateur. Un sourire de maître.

« C'est un fantasme. »

« Oui. »

« Et tu veux le réaliser ? »

« Oui. »

« Avec moi ? »

« Oui. »

Il a posé sa main sur ma cuisse. Il a remonté. Lentement. Sur ma hanche. Sur mon ventre. Sur mon string. Il a glissé ses doigts sous le tissu. Il a trouvé l'humidité. Cette humidité qui trahissait mon excitation.

« Tu es déjà mouillée. »

« Oui. »

« Tu es une vicieuse. »

« Oui. »

« Dis-le. »

« Je suis une vicieuse. »

« Encore. »

« Je suis une vicieuse. Je veux piéger Sophie. Je veux la voir souffrir. Je veux la voir jouir. Je veux la voir à ma place. »

« Bonne fille. »

Le plan

Il a retiré sa main. Il s'est penché vers moi. Il a posé ses lèvres sur les miennes. Un baiser profond. Un baiser possessif. Un baiser qui disait : « Je suis à toi. Tu es à moi. On va le faire. Ensemble. »

Puis il a reculé. Il m'a regardée. Il a souri.

« On pourrait faire ça à deux. »

« Comment ? »

« On organise une petite fête. Avec des complices. Tu l'invites. On joue notre rôle. Et on lui fait découvrir la soumission. »

« Quels complices ? »

« Peu de monde. Juste ce qu'il faut. Des gens de confiance. Des gens qui savent. Des gens qui comprennent. »

« Et elle ? »

« Elle finira comme tu le désires. À genoux. Offerte. Soumise. »

« Et si elle pleure ? »

« Tu ne t'arrêtes pas. Tu me regardes, et tu continues. »

« Et moi ? »

« Toi, tu regarderas. Tu participeras. Tu savoureras. Tu seras ma bonne fille. Et tu seras sa guide. Sa tentatrice. Sa… piégeuse. »

J'ai senti mon cœur s'accélérer. Mon ventre se serrer. Ma chatte palpiter.

« C'est une bonne idée. »

« Je sais. »

« Quand ? »

« Bientôt. Laisse-moi organiser. Laisse-moi trouver les complices. Laisse-moi préparer le terrain. »

« D'accord. »

« Et toi, prépare Sophie. Continue à lui parler. Continue à la titiller. Continue à la faire fantasmer. Qu'elle soit prête. Qu'elle soit chaude. Qu'elle soit… offerte. »

« D'accord. »

Il m'a embrassée. Encore. Plus longuement. Plus profondément. Puis il s'est levé. Il est allé dans la cuisine. Il s'est servi un verre d'eau. Il m'a regardée.

« Tu es une vicieuse, Laura. Et j'adore ça. »

J'ai souri. Un sourire de victoire. Un sourire de femme qui venait de gagner. Contre Sophie. Contre moi-même. Contre tout.

Le soir

Je suis rentrée chez moi. Mon mari était là. Les enfants. J'ai préparé le dîner. Des pâtes, encore. J'ai posé des questions. J'ai souri. J'ai fait semblant. Comme d'habitude.

Il m'a raconté le match, sa moto, le pneu arrière à changer avant l'hiver. Il a ri, il a repris du fromage, il m'a demandé si j'allais bien. J'ai dit que c'était le travail.

Après le dîner, j'ai lancé une machine pour avoir une raison de rester debout.

Mais dans ma tête, je pensais à Sophie. À ce qu'elle allait devenir. À ce que j'allais lui faire. À ce que Karim allait lui faire. À ce que nous allions lui faire.

Je pensais à son visage. À sa surprise. À sa peur. À sa jouissance. À sa capitulation.

Je pensais à sa bouche. À ses mains. À son cul. À son œillet. À tout ce qu'elle allait découvrir. À tout ce qu'elle allait subir. À tout ce qu'elle allait aimer.

Je pensais à moi. À ma vengeance. À mon plaisir. À ma victoire.

Je me suis couchée. Mon mari dormait. Les enfants dormaient. La maison était silencieuse. Le lave-linge est passé à l'essorage. J'ai écouté le bruit jusqu'au bout.

J'ai pris mon téléphone. J'ai envoyé un message à Sophie.

« On se voit demain ? J'ai des choses à te raconter. »

Sa réponse est arrivée quelques secondes plus tard.

« Oui ! J'ai hâte ! »

J'ai souri. Un sourire de vicieuse. Un sourire de piégeuse. Un sourire que j'ai effacé de mon visage avant de me tourner vers le mur.

Et sous ce sourire, il y avait la fatigue de fond, celle qui ne part plus, celle d'une femme qui ne se reconnaît plus dans la glace de la salle de bains.